L'erreur de Narcisse est un ouvrage prodigieux de Lavelle, que l'on peut lire ici :
http://classiques.uqac.ca/classiques/lavelle_louis/erreur_de_narcisse/erreur_de_narcisse.html
http://classiques.uqac.ca/classiques/lavelle_louis/lavelle_louis.html
Le dernier chapitre du livre porte sur l'espace spirituel, que Lavelle oppose point par point à l'espace matériel, opposition que l'on pourrait voir comme représentant celle de la physique et de la métaphysique (mais avec certaines précautions, car les objets de la physique mathématique moderne ne sont pas ceux du monde de la vie ni du monde matériel de "tous les jours")...
L'approche de cet espace spirituel, que l'on peut assimiler au "monde spirituel" dont parle l'anthroposophie, et au "monde des idées" dont parle Brunschvicg dans "Spiritualisme et sens commun", est médiatisée par la connaissance :
"Il n’y a que la connaissance qui, en droit, enveloppe tout ce qui est : il n’y a que d’elle que l’on puisse dire qu’elle contient tout comme la lumière qui, elle aussi, est indifférente à ce qu’elle éclaire. Elle est donc universelle par destination et il ne faut pas demander à l’homme d’apprendre à se connaître, mais à connaître ce monde où, loin d’être lui-même un objet parmi tous les autres, il n’est rien, sinon cet acte de la connaissance qui a le monde pour objet et non pas lui-même.
Mais toute connaissance doit aller du dehors au dedans, bien que pour la plupart des hommes elle s’arrête à l’objet, c’est‑à‑dire au dehors. "
Le célèbre et délétère début de l'Etre et le néant de Sartre , qui célèbre le prétendu progrès de la pensée moderne "ayant réduit le phénomène à la série de ses apparitions", est réfuté en quelques lignes :
"Cette règle que l’on applique dans la connaissance des autres hommes, qu’il ne faut jamais s’arrêter ni aux paroles ni aux actes, mais aller toujours jusqu’aux significations et aux intentions, nous montre bien où nous devons chercher partout la véritable réalité : en toutes choses, comme ici, elle réside dans l’intimité et la spiritualité dont nous voyons seulement l’apparence, qui souvent nous les dissimule et qui nous suffit presque toujours."
La description et la "méthode" d'accès au monde spirituel est concentrée dans le merveilleux paragraphe 3:
"Les hommes se distinguent les uns des autres par l’ampleur et par la pureté de l’espace spirituel qu’ils sont capables de créer autour d’eux. Chacun de nous est emprisonné par un mur de matière qui fait de lui un esclave et un solitaire. Mais le désir ne cesse de le reculer et l’intelligence de le traverser. Ainsi se dilate peu à peu autour de chacun de nous cette atmosphère de lumière qui lui permet de se voir, qui délivre ses mouvements et leur donne à la fois leur aisance et leur liberté, qui lui découvre d’autres êtres semblables à lui, environnés comme lui de ce même horizon clair et spacieux où il faut d’abord qu’ils cohabitent pour pouvoir ensuite communiquer selon l’ardeur et le désintéressement de leur pensée et de leur amour."